Rapport de séance du 15/10/2025 : « De l’agenda Femmes, Paix, Sécurité à la Diplomatie Féministe ? Réflexions sur l’essor et le déclin de la diplomatie féministe néerlandaise »

Séminaire Genre & Paix, Apport des Épistémologies Féministes

Le 15 Octobre 2025

Intervenante : Lucy B Hall, MCF, Université d’Amsterdam (UVA)

L’essor de la diplomatie féministe[1] d’abord en Suède en 2014, puis en France et aux Pays-Bas en 2019 et 2022, représentait alors la promesse d’une politique étrangère cohérente avec l’agenda Onusien Femmes Paix et Sécurité[2]. Son succès ne fut, pour autant, que succinct et peine à répondre aux attentes des acteurs de la société civile du fait des biais néocoloniaux et néolibéraux qui la caractérise, note Lucy b. Hall, maîtresse de conférences à l’université d’Amsterdam (UVA) et spécialiste du droit international de la protection et de la prévention des crimes contre l’humanité.

La conceptualisation néerlandaise de la diplomatie féministe n’échappe pas, en effet, aux logiques néolibérales et profondément patriarcales qui structurent à la fois les stratégies géopolitiques occidentales et l’agenda Femme, Paix et Sécurité. En effet, en dépit de l’antimilitarisme et de l’engagement en faveur de la non-violence qui caractérisent de nombreux courants féministes, la diplomatie néerlandaise, qualifiée de « féministe », s’inscrit pour sa part dans une logique résolument militariste. Lucy B. Hall relève, à cet égard, le silence assourdissant concernant le génocide à Gaza lors de la Conférence Internationale sur la diplomatie féministe de 2023, organisée à La Haye par le Ministère des Affaires étrangères néerlandais. Les quelques manifestations de solidarité féministe envers Gaza se sont ainsi tenues en marge de l’événement, ce qui souligne un paradoxe : une diplomatie féministe ne peut se revendiquer comme telle sans inclure les « corps politiques » — c’est-à-dire les voix et les expériences de celles et ceux qui ont subi, dans leur chair, les violences des systèmes de domination racistes et sexistes.  

Le féminisme est profondément ancré dans l’action de rupture et de transformation « challengeant l’ordre patriarcal préétabli[3]». Ainsi, une diplomatie féministe ne saurait se revendiquer comme telle, si la dimension historiquement patriarcale de l’état n’est pas localement remise en question, et les droits des femmes et minorités sexuelles garanties à l’échelle nationale. Ignorer cette condition revient à reproduire le biais raciste selon lequel le sexisme et les violences genrées seraient des problèmes importés de l’étranger, ce qui relève davantage du fémonationalisme[4]. Or, au Pays-Bas, la baisse significative des budgets alloués à l’accès aux soins et aux droits liés à la santé sexuelle et reproductive (incl. l’avortement), sous la coalition de droite et d’extrême droite, trahissent une volonté de reprise en main du contrôle du corps des femmes et de leur sexualité. Cette approche révèle également le mépris du corps diplomatique pour la richesse de la pensée féministe locale de femmes étrangères qui n’ont pas attendu l’arrivée des Occidentaux pour mener leurs propres luttes.

Ainsi, le futur de la diplomatie féministe, tout comme celui de l’agenda Femmes paix et sécurité réside-t-il dans la capacité à faire front collectivement contre l’extrême droite et les mouvements populistes qui instrumentalisent les luttes féministes pour mieux régner. 

 

Rapport de séance rédigé par : Clara ETCHENIQUE, Chargée d’appui au séminaire Genre et Paix


[1]FFP : Feminist Foreign Policy ou diplomatie féministe en Français

[2]WPS : Women, Peace and Security : Agenda Femmes, Paix et Securité,

[3]Laura J. Shepherd comme cité par Lucy b. Hall.

[4]Fémonationalisme : Le concept de fémonationalisme a été forgé par la chercheuse états-unienne marxiste Sara R. Farris au milieu des années 2010. Il désigne l’instrumentalisation d’un discours féministe à des fins électorales racistes, islamophobes et xénophobes


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