Rapport de Séance du 26/11/2025 : « Pseudo-paix et dernières vagues de mobilisations féministes au Mexique »

Séminaire Genre & Paix, Apport des Épistémologies Féministes

Le 26 Novembre 2025

Intervenante : Delphine Lacombe (Chercheuse au CNRS) et Lilia Elena Iniguez (Master Genre Paris 8 et Avocate spécialisée dans la défense des femmes victimes au Mexique)

Lors d’une intervention à deux voix, Delphine Lacombe et Lilia Elena Iniguez, nous ont éclairés sur les liens étroits qu’entretiennent la politique militariste de l’État Mexicain et la libéralisation économique des zones frontalières avec l’intensification des violences de genre.

En effet, depuis 2006, l’État mexicain a progressivement renforcé sa politique de militarisation dans le cadre de sa lutte contre le narcotrafic. Ce processus de militarisation, s’intensifie sous la présidence d’Enrique Peña Nieto (2012-2018) et s’élargit progressivement au-delà du strict champ sécuritaire. Le crime organisé étant mieux financé et organisé que l’État lui-même, les cas de corruption se font dès lors monnaie courante. Dans le même temps l’exploitation des terres frontalières avec les États-Unis, par les multinationales dans les maquiladoras creusent encore davantage les inégalités socio-économiques. Loin de ressentir les bienfaits de la croissance, les femmes qui y travaillent sont systématiquement exploitées et paupérisées. Le crime organisé bénéficiant de liens étroits avec les pouvoirs publics et les entreprises locales exporte, lui aussi, sa production. En « répondant à la violence par la violence » sans s’attaquer aux disparités sociales, l’État mexicain a créé les conditions propices à l’enracinement des cartels et à la normalisation de la violence. A ce jour, ce sont ainsi plus de 128 000 personnes qui sont portées disparues. Parmi ces victimes, on compte actuellement plus de 40% de femmes. Depuis 2024, l’augmentation des morts violentes et homicides est plus rapide pour les femmes que pour les hommes, note Lilia.

Face à l’intensification de ces violences, de nombreuses mères de victimes s’organisent localement pour demander justice malgré les manquements de diligence et d’efficacité du système judiciaire mexicains. En effet, seulement 28 % des cas de féminicides recensés entre 2015 et 2024, ont fait l’objet d’une enquête judiciaire. En soutien à ces mères chercheuses, des avocates et journalistes engagées, bravent les intimidations et risques élevés d’enlèvement pour soutenir ces femmes à travers l’exercice périlleux de leurs fonctions.  Préférant l’exil plutôt que la perte d’un enfant, d’autres femmes s’exilent dans l’espoir d’une vie meilleure.  D’autres s’organisent au sein de groupes féministes plus agressifs tel que le  «  Bloque negro ». Ce black block féministe, fondé en 2019, transcende l’héritage du patrimoine national et dénonce par la prise d’assaut d’institutions nationales, le continuum de la violence contre les femmes. Comme le démontre le travail de recherche de Delphine, en couvrant le patrimoine culturel et politique de slogans féministes anticapitalistes qui tournent en dérision le récit national, elles réclament ainsi leur souveraineté sur les lieux publics et plus largement sur le pouvoir. Leur identité visuelle et leur répertoire d’action rappellent clairement que l’exaltation nationale est vaine si les femmes de la nation en sont exclues, assassinées par leurs pairs.  Si ces vagues de mobilisations féministes sont admirables par leur courage et la pluralité de leur répertoire d’actions, elles n’en demeurent pas moins peu inclusives. En effet, la plupart de ces groupes d’inspiration zapatiste, n’incluent pas les femmes trans dans leurs luttes alors même qu’elles sont particulièrement sujettes au continuum de la violence, précisent les intervenantes.

 

Rapport de séance rédigé par : Clara ETCHENIQUE, Chargée d’appui au séminaire Genre et Paix

Pour aller plus loin…
Pour s’intéresser au sujet par le roman :

Source : Première de couverture du livre – Chiennes de Garde, de la Cerda, D. (2024). (L. Belperron, Trad.). Éditions du Sous-Sol.

 

Source : ARTE Reports (2021). Mexico: Bloque Negro, the Feminist Revolution. Réalisation : Manon Heurtel. ARTE GEIE / Babel Doc. Diffusé le 26 mars 2021.

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