Retour sur les Journées d’étude : « Pour une histoire de la paix. Place et enjeux de la paix dans l’historiographie francophone »

18-19 juin 2026 à La Contemporaine, Université Paris Nanterre

Journées d’étude organisées par Jean Michel Guieu, Thomas Hippler et Valérie Pouzol

Organisées les 18 et 19 juin à La Contemporaine (Université Paris Nanterre), les journées d’étude « Pour une histoire de la paix. Place et enjeux de la paix dans l’historiographie francophone » ont proposé un état des lieux des recherches consacrées à la paix et ont interrogé les possibilités de développement de ce champ dans l’espace académique francophone.

Ces rencontres s’inscrivent dans un contexte contemporain marqué par le retour des discours centrés sur la guerre, la montée d’un imaginaire de confrontation et le sentiment d’une entrée dans un nouvel « avant-guerre ». Face à cette actualité, les organisateurs ont souligné la nécessité d’un regard historique permettant de dépasser l’immédiateté des débats publics. Comme l’avait déjà observé Marc Bloch, l’étude des efforts entrepris pour construire la paix peut parfois être perçue comme une forme d’illusion ou de faiblesse ; aujourd’hui encore, la réflexion sur la paix peut être assimilée à tort à une forme de « déni de guerre ». Les journées ont ainsi rappelé l’importance d’analyser historiquement les conditions de possibilité de la paix.

Dans son intervention introductive, Thomas Hippler (Université de Caen Normandie et président de l’Institut Pour la Paix) a présenté l’histoire de la paix comme une entreprise historiographique en plein renouvellement. À l’échelle internationale, ce domaine connaît depuis plusieurs années un développement important, marqué par une forte activité éditoriale et une institutionnalisation progressive des études sur la paix. Si des recherches existent également en France, elles restent cependant moins structurées et davantage fragmentées, notamment entre les différents champs disciplinaires et les chercheurs travaillant sur des périodes ou des objets distincts. L’un des objectifs de ces journées était précisément de favoriser les échanges et de contribuer à la constitution d’un espace collectif de recherche.

L’un des principaux défis évoqués concerne la définition même de la paix, concept profondément polysémique. Plusieurs approches peuvent être mobilisées pour écrire son histoire. La première consiste à étudier la paix comme un mouvement, à travers les mobilisations pacifistes, antimilitaristes ou encore les engagements militants. Une seconde approche invite à considérer la paix comme une condition sociale et politique : il s’agit alors d’interroger les mécanismes par lesquels les sociétés parviennent à maintenir un ordre collectif et à résoudre leurs conflits sans recours à la violence. Cette perspective, proche de certaines recherches anglophones autour de la notion de « civic order », conduit à considérer la paix non comme une absence de conflit, mais comme un ensemble de pratiques, d’institutions et de normes permettant de limiter les violences.

Les différentes communications présentées durant les deux journées ont illustré la richesse et la diversité de ce champ de recherche. Les interventions ont proposé des analyses couvrant une large période chronologique, de la France féodale jusqu’à l’époque contemporaine, ainsi que des espaces géographiques variés, de la France et de l’Europe au Vietnam ou au Canada. Elles ont également montré l’importance d’une histoire de la paix attentive aux acteurs longtemps marginalisés dans les récits traditionnels. Plusieurs contributions ont notamment abordé la participation des femmes à la construction des mouvements pacifistes et aux pratiques de résolution des conflits, soulignant l’apport des approches en histoire du genre.

Les échanges ont également permis d’explorer différentes dimensions de la paix : les liens entre pacifisme, antimilitarisme et syndicalisme ; les représentations de la paix et de la guerre dans les sociétés passées ; les continuités entre périodes de guerre et périodes de paix ; ou encore les tensions entre paix imposée et paix durable à travers l’exemple du Japon après la Seconde Guerre mondiale. D’autres communications ont ouvert des perspectives sur des objets plus récents, comme les relations entre paix et environnement, paix et colonialité, la construction européenne ou encore l’histoire de la « culture de la paix » portée par l’UNESCO.

La discussion finale a insisté sur la nécessité de poursuivre cette dynamique collective en renforçant les liens entre chercheurs et en donnant davantage de visibilité aux travaux historiques sur la paix auprès des institutions, des médias et des acteurs politiques. Plusieurs pistes ont été évoquées, parmi lesquelles la création d’un réseau de recherche, la mise en place d’un carnet de recherche dédié, ou encore une meilleure identification des formations consacrées aux études de paix, notamment à travers les initiatives portées par le réseau « Guerre et paix » du CNRS.

Ces journées ont ainsi montré que l’histoire de la paix constitue un champ particulièrement fécond pour renouveler les manières d’appréhender les sociétés humaines, en déplaçant le regard de la seule étude des conflits vers l’analyse des pratiques, des acteurs et des institutions qui rendent possible leur dépassement.

Retour en images sur les journées d’étude « Pour une histoire de la paix. Place et enjeux de la paix dans l’historiographie francophone » le 18-19 juin 2026 à La Contemporaine, Université Paris Nanterre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *